Au cœur des différends entre la CAQ et les Premières Nations, le débat sur la reconnaissance du racisme systémique continue de donner du fil à retordre aux partis politiques. Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Francis Verreault-Paul, y voit quant à lui l’occasion de repartir «sur de nouvelles bases».
Il y a maintenant près de cinq ans que la coroner responsable d’enquêter sur la mort de Joyce Echaquan, Géhane Kamel, a recommandé au gouvernement du Québec de «reconnaître l’existence du racisme systémique au sein de ses institutions et de prendre l’engagement de contribuer à son élimination».
Depuis, le dossier est resté au point mort, alors que le gouvernement de François Legault, puis de Christine Fréchette, a systématiquement refusé d’aller de l’avant.
Mais alors que la campagne électorale bat son plein, le temps est venu, selon le chef de l’APNQL, Francis Verreault-Paul, de remettre la question à l’avant-plan. Évacué des échanges depuis le déclenchement de la campagne, le dossier du racisme systémique s’impose parmi «un ensemble de sujets sur lesquels les Premières Nations doivent statuer avec le prochain gouvernement», poursuit-il.
Avant tout, Francis Verreault-Paul estime qu’il importe de s’entendre rapidement sur une définition commune du racisme systémique, afin d’éviter la confusion, tant auprès des partis que de l’électorat.
«On se rappelle la définition de la CAQ, qui disait que ce n’est pas vrai que les Québécois sont tous racistes. Ce n’est absolument pas ça la définition du racisme systémique. […] Déjà, la conversation est biaisée», note-t-il.
Pour le chef de l’APNQL, lorsqu’il est question de racisme systémique, «on fait référence à des lois, des procédures, des politiques qui discriminent une ou des races spécifiquement», résume-t-il.
«On ne nous reconnaît pas comme étant un peuple distinct et ayant droit à son autodétermination. Si ça, ce n’est pas du racisme systémique, je me demande bien comment les partis le qualifient.»
Au-delà du «débat sur les mots»
Questionnées sur leur position officielle en matière de racisme systémique et sur leur intention — ou non ― de reconnaître son existence une fois au pouvoir, les cinq formations ont fait parvenir de courtes déclarations au Soleil.
Du côté du Parti québécois, on indique opter pour le terme «racisme institutionnel», indiquant que le concept de racisme systémique est «importé des campus américains et ne s’applique pas en contexte québécois».
Selon l’analyse du chef de l’APNQL, le concept de racisme institutionnel relève davantage d’une «culture organisationnelle» et aurait une portée «vraiment plus limitée» que le concept de racisme systémique.
Ce n’est toutefois pas la première fois que le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, fait référence à ce concept. Dès son arrivée en poste, en 2020, le chef péquiste prétextait que l’utilisation du terme racisme institutionnel permettrait de mieux identifier les institutions concernées afin de mieux s’y attaquer.
«C’est important d’aller à la source, à la racine de l’enjeu pour bien l’identifier et ensuite avoir une vision d’ensemble. Sinon, on fait juste patcher, mais la racine du problème reste la même.»
Du côté de la Coalition avenir Québec, le discours demeure inchangé par rapport aux dernières années. La formation reconnaît ainsi l’existence du «racisme, de l’intolérance et du profilage au Québec», mais mise sur «des actions concrètes», «au delà du débat sur les mots».
«On joue dans la même game que celle des dernières années. Ils essaient de dévier la conversation», réagit Francis Verreault-Paul, qui invite le parti à changer de paradigme. «On est venu à court sur bien des choses dans les dernières années au niveau politique», rappelle-t-il.
Le Parti conservateur du Québec précise quant à lui ne pas avoir l’intention de répondre à la recommandation de la coroner Géhane Kamel, «parce qu’il n’y a pas de racisme systémique», résume le directeur des communications du parti, Cédric Lapointe.
«J’aimerais bien m’asseoir à une table, que ce soit public ou privé, avec M. Duhaime», se contente de répondre le chef de l’APNQL.
«Une très bonne base»
Des cinq partis en lice, deux reconnaissent le racisme systémique et comptent appliquer le principe de Joyce, qui vise à garantir à tous les Autochtones un droit d’accès équitable aux services de santé.
Québec solidaire et le Parti libéral, ouverts depuis longtemps sur leurs intentions en la matière, s’entendent donc sur une marche à suivre dans le dossier.
«Ça établit vraiment une très bonne base de relation», salue Francis Verreault-Paul, en entrevue au Soleil.
Quoi qu’il en soit, le chef de l’APNQL ne veut pas être «en opposition» avec le prochain gouvernement, quelle que soit sa position sur le sujet. «J’espère juste que cette question de racisme systémique ne viendra pas mettre des bâtons dans les roues», prévient-il.
«C’est sûr qu’il faut quand même continuer à avancer. Il ne faut pas tout bloquer à cause de ça, mais, en même temps, c’est un aspect extrêmement important.»
Bien qu’il souhaite bâtir une «relation pérenne et durable» avec le prochain gouvernement, le chef innu est prêt, lorsqu’il le faudra, à «avoir des discussions sensibles et importantes», idéalement «sur de nouvelles bases» communes.
«Lorsqu’un gouvernement reconnaîtra le racisme systémique au Québec, ça pourrait ouvrir les horizons plus larges pour la suite des choses», conclut-il.





















